Le destin des femmes qui ont partagé la vie de Johnny Hallyday a toujours fasciné les Français. Pourtant, entre les noms célèbres de Sylvie Vartan, Nathalie Baye ou Laeticia Hallyday, une silhouette est longtemps restée dans l’ombre, presque volontairement : celle de Babeth Étienne. Aujourd’hui âgée de 68 ans, la deuxième épouse du “Taulier” sort enfin d’un silence de quatre décennies pour raconter une histoire d’amour aussi passionnée qu’elle fut brutalement interrompue. Ses révélations, d’une dignité rare, dessinent le portrait d’un Johnny méconnu, capable d’une immense tendresse mais aussi d’une cruauté dévastatrice.
Une rencontre sous le signe de l’évidence
Tout commence en mai 1980. Babeth Étienne n’a que 22 ans. Mannequin et actrice en pleine ascension, elle croise le regard bleu acier de Johnny au mariage d’Eddy Mitchell. À l’époque, Johnny est encore officiellement lié à Sylvie Vartan, mais le coup de foudre est immédiat. Loin de l’image du rockeur arrogant, Babeth découvre un homme timide, romantique à l’ancienne, qui insiste pour la revoir. Ce qui fut souvent décrit comme une passade de quelques mois fut en réalité une liaison de trois ans, jalonnée de voyages aux Seychelles et de moments d’une simplicité désarmante.
Pour Johnny, Babeth représentait plus qu’une amante ; elle était un refuge. Le rockeur s’était profondément attaché à la famille de la jeune femme, trouvant auprès de sa mère et de ses sœurs une stabilité affective qui lui avait tant manqué. Le 1er décembre 1981, ils se marient dans la discrétion la plus totale à Los Angeles, loin des projecteurs et des fans. À cet instant, le bonheur semble total.

Johnny “homme au foyer” : l’envers du décor financier
L’une des révélations les plus surprenantes de Babeth concerne la vie quotidienne du couple à Paris. Derrière le mythe du rockeur richissime, Johnny traversait en réalité une crise financière majeure. Le fisc lui réclamait des millions et ses comptes étaient bloqués. Babeth raconte avec une pointe de nostalgie comment les rôles étaient inversés : “Il n’avait pas un sou. Tous les matins, avant de partir en tournage, je lui laissais de l’argent pour qu’il fasse les courses et prépare à dîner. C’était lui la femme au foyer.”
Cette intimité banale, où la star mondiale attendait son épouse avec le repas prêt, montre une facette vulnérable du chanteur. C’est dans ce cocon de douceur que Babeth pensait construire sa vie. Mais le monde du spectacle allait rattraper le couple de la manière la plus violente qui soit.

Le cataclysme : une rupture par magazines interposés
Le tournant dramatique survient au début de l’année 1982. Alors que Babeth tourne à Saint-Tropez le film Le Gendarme et les Gendarmettes aux côtés de Louis de Funès, Johnny doit se rendre à Paris pour une émission de télévision. C’est lors de ce tournage qu’il rencontre Nathalie Baye.
Le silence s’installe. Johnny, qui devait revenir après trois jours, ne donne plus signe de vie. Pas un appel, pas un mot d’explication. C’est en ouvrant la presse people une semaine plus tard que Babeth découvre, horrifiée, les photos de son mari s’affichant avec sa nouvelle conquête. “J’ai cru mourir”, confie-t-elle aujourd’hui. Pour une jeune femme de 24 ans, l’humiliation est planétaire. Le Taulier vient de l’effacer de sa vie d’un simple revers de main, sans même prendre la peine de rompre en face.
La mise au ban : l’affront des obsèques de 2017
Malgré cette trahison, Babeth et Johnny avaient réussi, avec le temps, à tisser une amitié sincère et durable. Elle est restée sa confidente, celle qui n’a jamais rien demandé, ni argent, ni notoriété. Pourtant, lors de la mort du chanteur en décembre 2017, cette légitimité historique lui a été brutalement déniée.
Alors que la France entière rendait hommage au rockeur à la Madeleine, Babeth Étienne a tenté de contacter l’entourage pour assister aux obsèques. La réponse fut glaciale : une fin de non-recevoir. Elle, la deuxième épouse légitime, a dû pleurer seule devant son téléviseur, exclue d’un clan qui semble avoir voulu réécrire l’histoire en l’effaçant de la photo de famille. Pour beaucoup, cette mise à l’écart orchestrée par l’entourage de l’époque reste une tache indélébile sur l’hommage national.
Une dignité qui force le respect

Aujourd’hui, alors que Nathalie Baye vient de nous quitter en avril 2026, la parole de Babeth résonne avec encore plus de force. Elle ne cherche ni vengeance ni profit. Son livre, Je me souviens de nous, est un témoignage de tendresse envers l’homme qu’elle a aimé sans calcul.
Après son divorce, Babeth s’était éloignée des plateaux de cinéma pour se consacrer entièrement à son fils, né avec un handicap. Elle n’a jamais monnayé ses secrets ni cherché à briser l’image de l’idole. Sa discrétion pendant quarante ans est peut-être, finalement, la plus grande preuve d’amour qu’une femme ait pu offrir à Johnny Hallyday.
Babeth Étienne reste le symbole de ces “femmes de l’ombre” que la gloire des grands hommes finit parfois par broyer. En reprenant la parole à 68 ans, elle ne fait pas que raconter sa vie ; elle réclame simplement sa place dans la mémoire collective, celle d’une femme qui a aimé le Taulier pour ce qu’il était, et non pour ce qu’il représentait.
